Une arme dans la tête

Publié le par Julie Fleury

Claire Mazard, Une arme dans la tête.
Claire Mazard, Une arme dans la tête.

Le mal est dans la tête

Une arme dans la tête, oui, un poignard. Tranchant, affuté, empoisonné. Le roman est construit comme un récit. Celui d’un enfant-soldat. Ex-enfant-soldat. Qui ne peut se débarrasser des horreurs qu’il a commises, des choses affreuses qu’il a faites. Surtout une. En particulier une. Une horreur ultime dont on ne saura pas avant la toute fin en quoi elle consiste. Seulement comme trace un regard, un « regard-poignard » dans la tête d’Apollinaire (notre héros).

Un lancinement concret, une blessure au plus profond de son être. Une blessure qui l’isole du reste du monde. Il a fui, il est venu en France, grâce à plusieurs rencontres, petit-à-petit il s’en sort. Physiquement. Mais la blessure est toujours là. Le poignard toujours aussi vif. Il faudra de nombreuses rencontres pour l’atténuer. Surtout, il faudra deux dons. Le premier : Alcool d’Apollinaire, le poète, dont les vers sonnent étrangement familiers dans la tête de l’adolescent perdu, tâché de ses violences passées. Le second, de loin le plus important : un souvenir douloureux, au moins aussi douloureux que le sien. Celui du viol d’une fille, de la fille qui a réussi à atténuer sa douleur de vivre. Pour elle, pour vivre à ses côtés, il accepte enfin de faire face. De faire face et de se pardonner... ou du moins d’essayer.

Une écriture fine et respectueuse

Un roman écrit très finement, tout en nuances. Entre les gestes qui semblent insignifiants (les attentions culinaires de Sylvaine au foyer) et la douleur constante d’Apollinaire qui le retranche sans cesse de sa vie et du monde qui l’entoure. Entre la fuite permanente du personnage (fuite qui ne cesse qu’à la fin du livre) et le monde qui tente de l’attraper, de le sauver, de lui offrir des choses. Entre la culpabilité du jeune ‘’héros libérateur de son pays’’ qui craint d’avoir des retours sur son pays dans lequel ses formateurs auraient pris le pouvoir, plus sanglants et plus terribles que les dirigeants précédents, entre les amis, le CAP, les collègues et les espaces (urbains à Paris puis désertés dans la montagne), Claire Mazard fournit ici un roman très juste.

Un thème très dur

Un roman qui permet, évidemment, de se confronter à cette abomination qu’est les enfants-soldats, embrigadés de force, abreuvés de drogue pour commettre les pires exactions au nom d’un idéal dont ils ne savent rien ; mais aussi sur les douleurs, les souffrances, les fautes dont notre esprit ne peut se défaire, qui nous empêchent d’avancer, de nous construire. Un roman pour se détacher de la culpabilité, pour y faire face. Pour avancer, pour se (re)construire après un traumatisme. Que ce soit celui d’Apollinaire, extraordinaire pour nous, celui de la guerre, de l’horreur d’un enfant-soldat, ou celui d’Alizée, malheureusement beaucoup plus commun, celui du viol. Dans les deux cas, les adolescents se sentent coupables et portent une arme dans la tête qui les coupent du monde mais qu’ils vont surmonter, ou essayer, pour être ensemble.

L’amour, la gentillesse et la générosité, plus fort que la mort, que l’horreur. Un cliché éculé, peut-être, mais qu’il est toujours bon de rappeler, surtout avec autant de tact et de finesse que le fait cette auteure. Merci !

Mazard, Caire. Une arme dans la tête. Paris : Flammarion, 2014. 10€50

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Publié dans roman dès 12 ans

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