Fables (série de comics)

Publié le par Julie Fleury

Fables, Bill Willingham et Lan Medina.
Fables, Bill Willingham et Lan Medina.

Les personnages de conte à New York

D'ailleurs, il ne s'agit pas uniquement de personnages de contes de fée. On peut ainsi retrouver, outre Blanche Neige ou Jack (du haricot magique, oui), le Lion des Fables de La Fontaine ou encore Ichabod Crane issu de la nouvelle de Washington Irving, Sleepy Hollow.

Au-delà donc de nos contes de fée traditionnels, les personnages qui évoluent dans ce comics proviennent de tous les récits qui forment notre imaginaire commun. Ainsi, Barbe Bleue et Crapaud (Mr Toad en version originale, issu du roman Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame) peuvent-ils se côtoyer au sein d'un même univers.

Nos personnages de contes n'ont pas toujours vécu parmi nous. Bien au contraire. Vous pourrez découvrir l'histoire de leur arrivée dans le tome 4, mais sachez simplement qu'ils ont été contraints de fuir les Royaumes devant l'avancée d'un ennemi mystérieusement nommé "l'adversaire". Certains ont fui avec une telle précipitation qu'ils ont laissé toute leur fortune personnelle derrière eux. C'est notamment le cas du Prince Charmant, désargenté et peu charmant.

Dans le monde des Communs, vous et moi (sauf petites cachotteries), les Fables se font passer pour des humains normaux. C'est aisé pour certains (Blanche, le Roi Cole, le Prince Charmant, Jack ou d'autres) qui ont une apparence humaine, ou comme le Grand Méchant Loup (Bigby Wolf) qui peut passer à loisir de l'apparence de loup à celle d'homme. Cependant, pour beaucoup d'autres, la vie n'est pas si aisée : les trois petits cochons, Crapaud, les trolls et autres géants... Tous ces personnages ne passent pas inaperçus.
La société des Fables, Fableville, rémunère donc un service de sorcières fournissant des glamours aux créatures qui en ont besoin. Les "glamours" sont des sortilèges de façade, accordant à l'ensorcelé une apparence humaine quelque soit sa nature véritable. Les Fables qui choisissent de ne pas adopter de glamour (ou ne peuvent se l'offrir) sont cantonnés à la Ferme, une propriété magiquement protégée des Communs où les créatures non-humanoïdes peuvent évoluer en toute tranquillité.

Afin de donner une cohérence à ce monde dans lequel se côtoient cochons et loups, meurtriers et victimes, Fableville a décrété une grande Amnistie. Ce qui s'est passé dans les Royaumes ne peut être reproché à un Fable dans le monde des Communs. Seuls les crimes commis dans cette nouvelle réalité pourront être jugés... et punis. Ce qui n'empêche pas méfiance et soupçons.

Once upon a time, en plus sombre...

En beaucoup plus sombre.

Fables reproduit les personnages des contes originaux, sans rien rogner à leur personnalité première. Ainsi Bigby, même policé par des siècles de vie à New York, reste un personnage brutal et sanguin. Blanche, douce, parfois jusqu'à la naïveté, dirige également Fableville d'une même de fer, appliquant à la lettre les règles : droite comme un "i" et blanche comme neige. Pour elle, la loi, c'est la loi. De même, Jack n'a rien perdu de sa fourberie et est considéré par les autres Fables comme un escroc à la petite semaine, n'ayant plus réussi aucune arnaque depuis le vol chez le géant (dont certains mettent en doute l'existence). Barbe Bleue, même si l'Armistice l'a lavé de ses crimes, tout comme Bigby, reste un aristocrate impulsif et prompt à la violence sous couvert d'un vernis civilisé... et d'une fortune conséquente.

Des scènes contiennent de la violence explicite, du sang et des blessures fort visibles. Ces coups peuvent être d'autant plus impressionnants que les Fables, à la longévité exacerbée, guérissent rapidement de blessures qui nous seraient fatales (le Bûcheron se remet, en une journée, d'une hache plantée à l'arrière du crâne).
Le comics ne cache pas non plus les scènes érotiques. Même si seules les scènes importantes pour le déroulement de l'histoire ou inhérentes au caractère de certains personnages (je pense notamment à la scène entre Barbe Bleue et Rose Rouge) sont montrées, il n'en reste pas moins que des images très explicites sont présentes tout au long de cette série de comics.

Une sombre critique de notre société

Au-delà de cet univers sombre et violent dans lequel évoluent nos personnages, Fableville permet également de porter un regard (très) critique sur notre société.

La plupart des problèmes des personnages sont causés par l'argent, ou plutôt par le manque d'argent (même si certains sont simplement cupides ou avides de pouvoir).
Penchons-nous sur le fonctionnement des glamours, par exemple. Ces camouflages magiques semblent coûter une petite fortune. Or, tous les Fables ne peuvent pas se les payer. Ainsi, un cercle vicieux s'établit pour des créatures qui ne peuvent travailler dans le monde des Communs sans glamour mais ne peuvent pas non plus se payer le fameux camouflage sans travailler.

Un immeuble central au cœur de New York (Les Sylves) centralise les bureaux, les logements des membres dirigeants, les sorcières officiellement pourvoyeuses de glamour et sortilèges mais aussi des appartements de luxe (pouvant être agrandis magiquement).
En dehors de cet immeuble, protégé par une puissante magie de la curiosité des Communs, les Fables doivent se débrouiller pour se loger. Certains se sont rassemblés dans des immeubles miteux, devenant alors des ghettos pour les Fables les plus pauvres et, en partie, délaissés par le gouvernement de Fableville.
La société des Fables, déjà scindée entre les habitants de la Ferme et les autres (libres de circuler dans le monde entier), se retrouve à nouveau divisée entre les résidents des Sylves et ceux qui se trouvent obligés de se loger par leurs propres moyens.

Ces dissensions se retrouvent bien souvent au cœur des intrigues développées dans les différents tomes (23 à ce jour).

Des illustrations sublimes pour des intrigues passionnantes

Comme bien souvent dans le monde des comics, les illustrations en couverture et celles qui composent véritablement le livre sont différentes. Si les couvertures, empreintes de plus d'imaginaire et de fantastique, dévoilent la nature des personnages et insistent sur leur part de mystère, les dessins de Lan Medina s'ancrent davantage dans un froid réalisme, gardant quelques fioritures (à la manière des contes) pour accentuer les cadres des vignettes ou pour enjoliver les souvenirs et flash back.

Les personnages prennent petit-à-petit du corps dans les tomes, et nous prenons plaisir à suivre leurs différentes péripéties et les évolutions dans leur vie privée. Si les trois premiers tomes présentent des histoires indépendantes, rattachées par une continuité et un univers communs, le quatrième m'a laissé en plein suspens, entre deux révélations.

A conseiller à tous les amateurs de fantastique, pour des lecteurs avertis et amateurs de BD et de contes.

Bonus (et non des moindres) : cette série a été adaptée en un jeu vidéo de grande qualité (et fidèle à l'esprit du comics) The Wolf Among Us développé par Telltale Games.

Willingham, Bill et Medina, Lan. Fables. Tome 1 : Légendes en exil. Paris : Urban Comics, 2012 (DL). 15€

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Publié dans BD grands ados

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