Je t'enverrai des fleurs de Damas

Publié le par Julie Fleury

Frank Andriat, Je t'enverrai des fleurs de Damas.
Frank Andriat, Je t'enverrai des fleurs de Damas.

"Ce roman à plusieurs voix raconte l'émoi soulevé par le départ de deux élèves sans histoire : la Syrie devient leur enfer, mais, pour ceux qui restent, c'est l'enfer aussi."

Profondément humain

Dans ce roman, il n'est jamais question de jugement. Centré sur les personnages et leurs différents avis, il donne la parole à chacun par le biais de l'échange épistolaire entre Myriam (collégienne, musulmane et amoureuse d'un des jeunes partis en Syrie) et son enseignant de français (appelé amicalement "Bébé Cougnou" par ses élèves, parce qu'il voit toujours la vie en rose). Se mêlent à ses deux voix principales celles de Youssef, le collégien qui soutient ce départ, et d'un collégien anonyme, apeuré et muré dans l'incompréhension d'une si brusque décision.

Car tout se tient ici : personne ne savait qu'ils partiraient. Au retour des vacances, Wassim et Othmane n'étaient pas là. La nouvelle tombe : ils sont partis en Syrie. Pourquoi ? Comment ? Et pourquoi personne n'en savait rien ? Ni les parents de Wassim, musulmans profondément non-violents, ni Myriam, pourtant très proche de Wassim, ni aucun élève ou aucun enseignant. Seul Youssef a l'air d'en savoir plus, et, par le biais de son journal, glisse quelques adages ultra-violents.

Incite à la réflexion

Ce roman, béni en ces temps où les médias assènent des vérités, permet de nourrir une vraie réflexion : sur la guerre, sur l'engagement (politique ou religieux) mais aussi sur la religion elle-même. Myriam trouve en son professeur un interlocuteur attentif, à défaut d'y trouver des réponses.

Lui non plus ne comprend pas, et en fait part à ses élèves. Dans cette histoire, ce sont les barrières entre adultes et adolescents qui s'effondrent devant le respect dû à chacun et l'incompréhension générale. Chacun essaie de comprendre.

Et de résister. Résister au venin des grands médias qui tentent de salir les deux collégiens partis et leur famille, résister à la peur et à la colère, résister aux pulsions et aux réactions instinctives. Résister. Ensemble, élèves, professeurs, parents.

En résumé : Un très beau roman, profond et nécessaire en ces temps. Sans morale, sauf la condamnation des extrêmes aveugles, il incite à réfléchir et à penser ensemble, au-delà de nos divergences dont il est bon de débattre.

Andriat, Frank. Je t'enverrai des fleurs de Damas. Namur : Mijade, 2014. 7€

Je t'enverrai des fleurs de Damas

Publié dans roman dès 14 ans

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