Rue Stendhal

Publié le par Julie Fleury

Rue Stendhal, Yaël Hassan.
Rue Stendhal, Yaël Hassan.

Une enquête littéraire

Rue Stendhal, c'est d'abord l'histoire d'un garçon qui s'ennuie, Estéban. Il habite avec sa maman dans un (tout) petit appartement au rez-de-chaussée d'un immeuble parisien, rue Stendhal, et s'apprête à passer de mauvaises vacances : son "premier meilleur copain", Théo, est parti vivre à Marseille.

Ne reste dans l'immeuble que des adultes (voire des vieux adultes), Lola, "la plus jolie fille de la planète", vivant seule avec sa mère dans un bel appartement au 1er, et Idris, "son deuxième meilleur copain" qui vit dans un deux-pièces au cinquième étage avec les cinq autres membres de sa famille.

Avec l'arrivée d'une nouvelle famille dans l'immeuble, les vacances prennent un tour inattendu. Bruno, un "intello" à lunettes, évidemment, qui rentre en quatrième avec un an d'avance, et ses deux sœurs (Rosalie et Émilie) sont tout-à-fait différents des autres enfants : ils lisent des livres, connaissent déjà certains auteurs... Si je devais parier, leurs parents seraient enseignants, tiens!

Bon, bref, la plupart des enfants de la bande nouvellement constituée ont autour de 10 ans, ils s'apprêtent à rentrer en sixième. On notera qu'aucun type d'enfant ne manque, ou presque, pour l'identification des petits lecteurs : l'intello sympathique, la jolie fille très girly, la lectrice un brin moqueuse, la plus petite un peu trouillarde, le jeune athlète en devenir mais ouvert à la culture et Estéban, un peu perdu. Jusqu'à l'arrivée de Théo, pré-ado réticent à toute forme de culture, qui finira par accepter le jeu littéraire (bien rapidement, d'ailleurs).

C'est M. Faure, Félix Faure, qui va les inciter à partir à la découverte d'auteurs illustres. Un vieux monsieur gentil et un peu étrange. Il se rend souvent au cimetière et pousse les enfants à découvrir des auteurs importants par le biais d'un jeu de piste au Père Lachaise.

On ne peut enlever à ce petit roman son côté entraînant. L'enquête est rythmée et les relations entre les personnages évoluent, d'incertaines à amicales, au fil des vacances. Le roman se lit rapidement, et avec plaisir.

Un parcours pédagogique

Cependant, ce livre m'a fait penser à une lecture imposée en CM2, ou choisie pour un rallye lecture. On sent la volonté de tirer les enfants à la culture légitime (Rosalie lit Poil de Carotte de Jules Renard dès son arrivée, Rue Stendhal).

On sent aussi le regard de l'adulte (l'enseignant ? En tout cas, le prescripteur) qui aimerait amener les enfants à découvrir la littérature sous un angle aussi ludique.

Ce qui rend le trait un peu forcé ? Aucun des enfants ne se rebelle vraiment contre l'idée de passer toutes ses vacances à galoper dans un cimetière (ou à la bibliothèque) pour retrouver la trace d'auteurs disparus. Même les gamins qui n'aimaient pas lire (et le disaient clairement au début du roman), se prêtent au jeu avec bonheur. Estéban traine même tout le groupe à la bibliothèque pour lire les œuvres des auteurs découverts.

Les enfants tombent même sur une bibliothécaire adorable (non, non, nous sommes toutes et tous comme ça, tous les jours ! Mais seulement en août...) qui leur propose de leur lire certaines nouvelles ou fables des auteurs découverts.

Bref, tout roule parfaitement pour que nos petits héros apprennent tout en jouant. C'est peut-être l'absence de difficultés qui me pose problème. Tous les enfants s'amusent à découvrir des auteurs, se font passer les livres et sont avides de découvrir toujours plus de cette littérature que l'école et le collège leur feront rencontrer...

Peut-être est-ce possible mais, d'après mes souvenirs d'enfant, ça me semble peu probable. D'autant plus que le vocabulaire utilisé ("premier meilleur copain") ressemble plus à ce que se figure un adulte du "parler jeune" qu'aux termes employés réellement par de futurs collégiens.

En résumé : un livre parfait pour un rallye-lecture mais peut-être pas une demande directe des enfants... à voir avec les lecteurs s'ils ont accroché.

Hassan, Yaël. Rue Stendhal. Paris : Casterman, 2013 (DL). 5€75

Publié dans roman dès 10 ans

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