Petit Renard

Publié le par Julie Fleury

Xiang Hua & Studio One, Petit Renard
Xiang Hua & Studio One, Petit Renard

"Non loin de la Sibérie, au bord d’un grand fleuve, un vieux couple vivait dans une cabane faite de bois et de fourrure. Ils n’avaient ni enfants ni biens. Un beau jour, le vieil homme pénétra dans la forêt et tomba nez-à-nez avec un petit renard inerte, gelé par le froid et la neige, qu’il s’empressa de ramener chez lui."

Entre Pinocchio et Baba Yaga

Un petit conte mongol, qui pourtant nous rappelle d'autres contes, bien connus. Des contes qui ont bercé notre enfance et qui font partie de notre panoplie de récits. A mi-chemin entre un Pinocchio (le petit renard voudrait être un vrai petit garçon pour faire plaisir à ses parents adoptifs) et un Baba Yaga (il doit négocier avec une mauvaise fée, entre sorcière et esprit), Petit Renard n'est jamais tout à fait surprenant, ni parfaitement inédit.

Pour revenir à la trame narrative, il s'agit basiquement d'un voyage d'apprentissage dans lequel le petit renard part à la poursuite de son rêve (d'ailleurs, comme dans le film d'animation La Princesse et la grenouille de Disney, le conte établi une distinction très nette entre tes désirs, vains bien sûr, et ce qui te rendra vraiment heureux).

Bon, pour tout vous dire, la chute n'est pas très originale non plus et les différentes péripéties non plus. Le petit renard, très naïf (tant de naïveté confine presque à la sottise), tombe sans arrêt dans le même piège, par excès de confiance.

Et si l'intrigue ni la chute ne m'ont convaincu, la morale sous-tendue ne me plaît guère : il ne faut pas chercher à être différent, ni à poursuivre des rêves (impossibles ou non), et surtout, il ne faut pas se fier aux inconnus, aux personnages à l'aspect fourbes et, d'une manière générale, ne se fier à personne. On résume : reste ce que tu es, ne moufte pas et ne te fie en personne, à part tes parents, bien sûr.

Des illustrations très kitsch

Illustré dans un style réalistico-kitsch, ce sont elles aussi qui donne l'impression de pathétique qui se dégage du renardeau et de ses grands yeux humides. Des yeux humides, vides, tristes... des yeux qui disent "je suis gentil, je suis doux, je suis... non, ne me tapez pas !"

Peut-être que j'exagère, que j'en fait trop et que je me braque inutilement contre cet album. Mais les contes doivent, à mon sens, susciter l'émerveillement, la peur ou la curiosité. Ils doivent nourrir notre subconscient d'histoires riches où l'impossible devient possible, où la magie se dispute à la réalité et où le lecteur apprend sur et de lui-même.

Ici, rien d'autre qu'un message que nous serine déjà en boucle la société : reste à ta place, ne change pas et méfie-toi du monde. Les illustrations ne transportent pas, elles sont absolument réalistes. Les plantes, les animaux... tout pourrait sortir d'un imagier du 20e siècle. Ici, point de vintage coloré et acidulé. Seulement des traits fatigués et une envie de "faire vrai".

En résumé : un conte au goût de déjà-vu, dont la morale me froisse, le tout servi par des illustrations, quasi perturbantes, qui rendent le renardeau tellement triste !

Hua, Xiang & Studio One. Petit Renard. Paris : les éditions Fei, 2015. 14€90

Petit Renard
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