La grande fabrique de mots

Publié le par Julie Fleury

Agnès Lestrade et Valéria Docampo, La grande fabrique de mots.
Agnès Lestrade et Valéria Docampo, La grande fabrique de mots.

Dans un monde, pas très différent du nôtre, les gens ne naissent pas avec la parole. Les mots, il faut les acheter, puis les avaler, avant de pouvoir les dire. Certaines personnes, les plus pauvres, ne parleront pas de toute leur vie.

C'est la Grande Fabrique qui construit les mots, dans toutes les langues, des mots pour tous les goûts (des gros mots, des mots doux, des mots d'amour, des mots de tous les jours...).

Les jours de grand vent, les mots s'échappent et s'envolent. Les enfants sortent le filet à papillons pour en attraper quelques uns qu'ils diront, le soir, à leur parents.

Une illustration poétique des différences économiques

Des machines produisent dans une usine grise sépia des mots à la chaîne, des mots qu'il faudra acheter. Certains valent chers, alors il y a des promotions. Mais les mots en solde ne sont pas toujours très utiles (que faire de philodendron ?). Alors, les plus pauvres fouillent dans les poubelles, à la recherche de mots, pendant que des personnes (visiblement très riches) en ont plein leur habits.

Le petit Philéas est pauvre, comme ses parents. Il voudrait bien annoncer son amour à sa voisine, la jolie Cybèle, il voudrait lui dire comme elle est jolie. Mais il n'a pas les mots. Un soir, il attrape dans son filet trois petits mots : cerise, poussière et chaise. Il prend son courage à deux mains.

Mais un autre garçon, très riche, est amoureux de Cybèle. Et il entame un grand discours, tout bien construit, avec plein de très grands mots.

L'amour et la sincérité triomphant

Mais malgré le discours de l'autre, Philéas prend son courage à deux mains. Ils lancent ses trois petits mots vers Cybèle...

Et reçoit un tendre baiser !

Dans cette histoire qui n'est pas sans nous rappeler notre propre société, le message final est positif. Il véhicule de l'espoir : pas besoin de grands discours ni de beaucoup d'argent pour transmettre des émotions, vivre et ressentir.

Il suffit d'être sincère.

Des illustrations parlantes

Puisque les mots sont coûteux, Valéria Docampo met son illustration au service d'un texte court et percutant d'Agnès Lestrade.

Les images de la société et de la fabrique sont sépias ou grises, au contraire, Cybèle et Philéas sont tous deux en couleur vive.

De plus, même en ôtant le texte, chaque image s'exprime d'elle-même. Les mots y sont omniprésents, sauf sur les habits de certains personnages. Les plus pauvres ont ainsi des vêtements à l'image d'une page blanche de cahier tandis que des personnages opulents les affichent sur sacs, manteaux, chapeaux.

Un très joli album qui poétique qui donne à réfléchir.

Lestrade, Agnès et Docampo, Valéria. La grande fabrique de mots. Bruxelles : Alice jeunesse, 2009. 12,90€

La grande fabrique de mots
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Publié dans album jeunesse

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